Lettre ouverte
À la mairie de La Chapelle-sur-Erdre, à Nantes Métropole et à tous les candidats aux élections municipales,
Nos terres nourricières sont en danger. Un projet de zone d’activité datant de 2012 menace de bétonner 13 hectares de terres agricoles biologiques sur le site de la Métairie Rouge, à La Chapelle-sur-Erdre.
Ces terres, cultivées en bio depuis plus de 15 ans, sont un patrimoine commun qui assure notre résilience alimentaire, préserve la biodiversité et lutte contre le changement climatique. Les artificialiser, c’est :
- Aggraver notre dépendance alimentaire dans un monde incertain.
- Augmenter les risques d’inondation (comme celles du Gesvres) et les îlots de chaleur.
- Détruire des sols vivants au profit d’entrepôts, alors que la ZAC de la Gevrine, sur la même commune, a encore de la place disponible.
- Envoyer un signal désastreux aux agriculteurs qui nous nourrissent.
L’heure n’est plus aux projets obsolètes d’étalement urbain. L’heure est à la protection de nos biens communs et à la sobriété foncière.
C’est pourquoi nous exigeons :
- L’abandon public, immédiat et définitif du projet de ZAC de la Métairie Rouge.
- La révision du document d’urbanisme (PLUM) pour protéger durablement l’ensemble des terres agricoles de la commune de toute artificialisation, sauf nécessité d’intérêt public majeur.
Cette pétition n’est pas qu’un geste. C’est un outil. Nous remettrons chaque signature aux décideurs et aux candidats aux municipales pour qu’ils prennent la mesure de l’attente des citoyens.
Signez et partagez massivement cette pétition pour dire :
Nos terres valent plus que du béton. Protégeons notre avenir alimentaire et climatique, maintenant.
La Ferme Chapelaine.
Association des agriculteurs de la Chapelle-Sur-Erdre
Le projet en détail
Les premières études datent de 2012 pour ce projet de ZAC. (Source : rapport du commissaire enquêteur, 2023).
Situé sur le site de Métairie Rouge, le projet propose 19 parcelles, une surface globale de 12,8 ha pour une surface de projet de 15,5 ha. Ces parcelles auraient pour vocation d’accueillir principalement des PME/PMI à vocation industrielle, productive et artisanale.
Nantes Métropole souhaite privilégier les activités productives et de circuits courts.
Les porteurs du projet sont Nantes Métropole et la société publique d’aménagement (SPLA) Loire Océan Métropole Aménagement (LOMA), maître d’ouvrage.
Le site se situe à 500m de l’Erdre, et du site classé de la « vallée de l’Erdre ». Il est également entouré par l’Autoroute A11 et la voie SNCF Nantes-Chateaubriand. Le site habrite également d’une habitation et d’un hangar. De plus la ZNIEFF de type II, « Vallée et Marais de l’Erdre » est localisée en bordure immédiate du site, séparée de celui-ci par la voie ferrée.
Enfin la zone d’implantation du projet est distante de 3 km de deux sites Natura 2000, situés au nord-est du centre-ville de La Chapelle-sur-Erdre : La ZPS FR5212004 « Marais de l’Erdre », et la ZSC FR5200624 « Marais de l’Erdre ».
Les terres sont cultivées en Agriculture Biologique depuis au moins 15 ans par les fermes du Trèfle Blanc et du Limeur. Les terrains sont aujourd’hui inexploités pour la première année suite à l’expropriation des paysans qui a été notifiée cette année (2025).
L’ Association la Ferme Chapelaine remet en question l’intérêt économique, écologique et social du projet. Et nous venons, par la présente, développer les éléments qui nous permettent de conclure que ce projet ancien et dépassé, doit être repensé.
Le projet répondrait à une pénurie de locaux commerciaux.
Pourtant les chiffres disent le contraire (cf Annexe : doc. 1).

Actuellement entre 15 et 20 hectares sont à louer, sans compter les 37 hectares de la Belle étoile à Carquefou et les 12 hectares aux Sorinières à venir.
De plus ,on ne manque pas de zones d’activités : Nantes est au-dessus de la moyenne française juste après Lyon. (cf Annexe : doc. 2)

Le projet met en avant la création de 744 emplois…
Mais il s’agit en réalité, principalement de déplacements d’entreprises, sans réelle valeur ajoutée pour le territoire. On sait que :
Les Pays de le Loire affichent un taux de chômage parmi les plus bas de France,
La métropole nantaise est déjà en surchauffe économique, avec une croissance de l’emploi bien plus forte que les zones périphériques voisines.
(cf Annexe : doc. 3 et 4 )


Faut-il vraiment artificialiser des terres BIO pour déplacer des activités existantes, alors que d’autres territoires en déclin mériteraient bien plus ces investissements ? La vraie question n’est pas combien d’emplois, mais où et pour qui ils sont créés ?
Le projet est en contradiction avec les objectifs affichés de défrichage sur le territoire communal.
Les travaux présentés au cours de plusieurs réunions avec les agriculteurs de la Chapelle sur Erdre par Nantes Métropole visent à défricher plusieurs dizaines d’hectares de terres agricole non cultivées depuis plusieurs dizaines d’année. Les frais de défrichage et de remise en culture sont important et certaines zones sont difficilement accessibles.
Les 15 hectares du projet, situés sur des terre agricoles BIO, sont bien plus intéressants pour installer un jeune agriculteurice. En effet certaines zones à défricher ciblées par Nantes Métropole, comme la Lande de Mazaire, ont une surface beaucoup plus petite, et difficile d’accès au milieu des habitations.
Le projet est en contradiction avec les objectifs du Projet Alimentaire Territorial (PAT)
Actuellement, la métropole dispose de seulement 15 000 hectares de terres agricoles productives, alors qu’il en faudrait 241 000 pour atteindre l’autonomie alimentaire. Nous n’en avons que 6 % .(cfAnnexe : doc. 5 et 6)


Selon l’ADEME, nourrir un Français moyen (avec une consommation modérée de viande) nécessite 4 800 m² de terres agricoles par an. Avec 711 000 habitants, la métropole aurait donc besoin de 241 000 hectares. Un objectif bien plus urgent et créateur d’emplois locaux et non délocalisables. Protéger ces terres agricoles devrait donc être une priorité absolue.
Le projet entre en contradiction avec l’objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN).
L’artificialisation, est la première cause d’érosion de la biodiversité (1 espèce sur 5 est déjà menacée), elle est à l’origine des îlots de chaleur, et elle augmente les risques d’inondation (diminution de la surface d’absorption de l’eau en cas de grosses intempéries )
Un enjeu crucial en Loire-Atlantique, département déjà artificialisé à 14% (contre 9% au national). (cf Annexe : doc. 7)

Pourtant, lors de l’enquête publique, Nantes métropole et l’aménageur LOMA se défendent en arguant avoir « supprimé deux tiers des zones à urbaniser ». Mais est-ce suffisant, alors que c’est la 4e région la plus artificialisée de France : 55 000 hectares supplémentaires prévus d’ici 2050, chaque m² préservé compte. Le ZAN exige une rupture bien plus radicale : recycler l’existant plutôt qu’étaler la ville, au détriment des sols vivants.
Enfin les différents diagnostics réalisés par Nantes Métropole entre 2009 et 2020, font état de près de 1500 ha de friche industrielle sur l’ensemble du territoire métropolitain.
Le projet va à l’encontre du Plan Climat,
qui promet de réduire les émissions de CO₂ de 46 % d’ici 2030. Or, le secteur de la construction est le 1er émetteur de CO₂ (béton, acier, chantiers), représentant ~25% des émissions nationales. Sans parler de la problématique des émanation de particules.
Comment justifier un tel projet alors que :
Chaque hectare artificialisé aggrave le bilan carbone (destruction de puits de carbone naturels + émissions liées aux constructions)
Les alternatives existent : recyclage des friches, réhabilitation de l’existant, sobriété foncière. (ex : « Lu / La ville stationnaire. Comment mettre fin à l’étalement urbain ? », de Philippe Bihouix, Sophie Jeantet et Clémence de Selva)
Le PCAET lui-même affirme vouloir « construire la ville sur la ville » pour limiter l’étalement
À l’heure où les rapports du GIEC exigent une baisse immédiate des émissions, ce projet nous envoie dans le mur climatique. Où est la cohérence ?
Le projet augmente les risques d’inondation sur le périphérique.
Depuis près de 50 ans, et sa création en 1977, le Gesvre inonde régulièrement le tronçon Nord du périphérique nantais. De quelques jours par an, le phénomène a atteint 10 jours en 2024, entrainant des bouchons importants sur l’autoroute A11 attenante.
Rappelons que l’enquête publique spécifie :
« Le réaménagement de la Porte de Gesvres paraît avoir de possibles interactions avec le projet de ZAC de La Métairie Rouge. Les effets cumulés identifiés sur le milieu physique concernent la gestion des eaux pluviales en lien avec l’imperméabilisation des sols ».
Est-ce que l’artificialisation de 15ha à quelques mètre de là peut avoir des conséquences sur l’écoulement des eaux de pluies ? Nous pensons que oui.
Le projet envoie une message négatif aux paysan.nes de la Chapelle sur Erdre
En proposant de remplacer 15ha de surface agricole BIO par « une Zone d’Activité de Qualité », les porteurs de projets nous indiquent en creux, que l’agriculture biologique n’est pas une activité économique, qu’elle n’est pas créatrice d’emplois, et qu’elle n’est pas de qualité. Le ressenti est plus que douloureux au regard du contexte actuel de défection de l’Etat dans son soutien à l’Agriculture Biologique.
Le projet propose de reléguer les populations Roms en périphérie de la ville.
L’accueil d’une population Rom sur le site est postérieur au projet. Celui-ci s’est donc adapté pour proposer une « stabilisation » de cette population précaire, sur le site même, avec la construction de « chalets ».
Quel message leur envoie-t-on ? Quel est leur place parmi nous ? A quel type d’environnement direct ont-ils droit ? Une autoroute et des entreprises. C’est donc cela l’accueil chapelain ?
Pour rappel l’étude d’impact indique des niveaux élevés de nuisance sonore, qui seraient accrus par l’activité prévue sur le site.
Pourquoi ne pas les intégrer véritablement, en les installant au cœur de la ville, sur la zone à urbaniser près de la Chicaudière ?
Proximité des services (transports, écoles, santé) = meilleure inclusion sociale
Mixité urbaine = lutte contre les ghettos et les préjugés
Accès à l’emploi et aux opportunités = sortie possible de la précarité
Une ville inclusive, c’est une ville qui assume ses valeurs. Laisser des populations entières en marge, c’est renoncer à l’égalité républicaine.
Une Enquête publique bâclée et pas à la hauteur des enjeux.
L’enquête publique de 33 jours organisée en pleine saison estivale est indigne des enjeux environnementaux du projet. Avec seulement 20 contributions pour 20 000 habitants (0,1% de participation), cette consultation viole manifestement l’article L123-6 du Code de l’environnement qui impose au minimum un mois – et jusqu’à deux mois pour les projets à forts enjeux environnementaux. Si nos arguments ne sont pas entendus, nous envisageons d’attaquer cette illégalité devant le Tribunal administratif, car le Conseil d’État a déjà annulé des enquêtes publiques pour des vices de procédure moins graves (CE, 2021-456).
Pour conclure, nous souhaitons indiquer qu’on ne serait pas les premiers à abandonner un projet de ZAC. Ce serait, au contraire faire preuve de courage. Le renoncement, n’est pas un échec, mais une nouvelle manière de penser l’urbanisme et la transition écologique.
En 2023, la Zac de Coët-Rozic à Pontchâteau a été abandonnée pour raison environnementale et décidée en conseil municipal. A Caen, la même année, la ZAC du Nouveau Bassin a été abandonnée. Cette décision est issue des travaux du GIEC.
Au contraires les ZAC effectivement réalisées cumuls les échecs :
Dans les Hauts de Couëron le taux d’emplois réels est inférieur de 40% aux promesses *. Et la ZAC a fait l’objet d’un recours pour publicité mensongère en 2020
*Source : Rapport Nantes Métropole : « Bilan ZAC 2015-2022 » (juin 2023)
** Tribunal Administratif de Nantes, n°2004587
